Beauté fatale

Le surinvestissement de sa beauté ou la haine des hommes

«  Encore et toujours, ce fascinant, ce terrifiant corps des femmes, cet insolent et irrésistible corps des femmes. La planète humaine en est folle. »

Dominique Simmonet

« Ce matin, il fait beau, il fait chaud. Il fait assez chaud d’ailleurs pour que je puisse porter une robe. Je me regarde dans la glace et j’esquisse un sourire : je me trouve superbe. Je sors de mon appartement, l’air frais du couloir me saisit et m’entoure durant toute la descente des escaliers. Il fait sombre dans le hall, j’ai l’impression d’être dans les coulisses d’un théâtre juste avant une représentation. J’ouvre la porte d’entrée pour m’évader, la lumière aveuglante s’infiltre, puis la chaleur… Je passe une énième fois ma main dans mes cheveux, comme un rituel avant d’entrée en scène. 

Me voilà dans la rue,  je marche, je passe, les regards glissent, s’inspirent, s’imprègnent. Le « male gaze » comme on dit (regard masculin). Plus j’avance, plus je ressens l’attirance que je suscite, est-ce agréable ? Non. Il n’y a pas d’admiration dans ces regards mais de la domination. Alors je sens en moi un subtil changement : tu penses avoir le pouvoir ? Vraiment ? Laisse-moi te prouver le contraire.
Ma bienveillance habituelle laisse la place à ma partie vengeresse, blessée par les regards concupiscents. Les hommes ne sont plus des êtres humains mais des prédateurs qu’il faut avilir. Alors je relève la tête et je les méprise, je ne dis plus merci au chauffeur qui me laisse passer, je joue la belle à qui tout revient de droit. Et cette chaleur en plus ! Des milliers de voix s’insinuent dans ma tête : « Arrête cette comédie », « Pour qui tu te prends ?! », « Ils ne sont pas tous comme ça »… Mais je n’entends plus rien, j’ai l’impression d’être piégée, j’ai peut être une liberté de mouvement mais mon apparence, elle, m’échappe.

Je rentre chez moi, je sors de scène. L’air frais enfin. La pénombre.  Je souris et je pense « Qu’il est parfois dur de marcher dans la rue ! ». Mon sourire disparaît, qu’il est parfois dur d’être une femme. » 

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de ce fameux comportement qu’adoptent certaines femmes, si ce n’est toutes, dans notre société occidentale : le surinvestissement de leur beauté, de leur apparence, cette hyper-séduction qui rigidifie notre relation à l’autre.

   Pour tout vous dire, j’en ai marre du discours machiste teinté de slut-shaming qui nous montre la femme comme superficielle et dévergondée, qui nous la désigne comme recherchant avant tout le regard des hommes.  Il est vrai que les femmes d’aujourd’hui sont centrées sur leur corps, c’est une évidence, mais peut être parce que la Terre entière est centrée sur son corps. Et c’est vrai que la femme se focalise sur le regard des hommes, mais peut être parce qu’on l’éduque depuis toute petite à cela.

   En fait, je vais me risquer à entrer dans le monde nébuleux d’un cercle vicieux qui s’ancre sur le corps des femmes. Ici, j’ai envie d’écrire sur la dépossession que la femme peut ressentir vis-à-vis de son corps et de son besoin de le surinvestir pour renverser les rôles et assujettir à son tour. Je veux parler de la colère, voire même de la haine des femmes envers les hommes, que cette société attise, et du besoin, aujourd’hui, de l’en libérer.


Chapitre 1 : Être regardée pour exister

L’homme regarde, la femme est regardée.

   C’est une norme que l’on apprend très vite, dès l’adolescence, là où le regard du sexe opposé prend une tournure plus sexualisée. En tant que jeune fille, on apprend à vivre avec ces regards et on a toutes sortes de ressentis vis-à-vis d’eux : d’abord la société nous fait bien comprendre que c’est flatteur, être regardée pour exister donc. Voici une première évidence inconsciente.

De même, les métiers féminins les plus mis à l’honneur dans les magazines pour adolescentes (et même pour femmes)  sont des métiers basés sur l’image et la représentation : actrice et mannequin en tête. On associe très vite que plus on est « agréable à regarder »  plus on aura d’attention et donc on sera plus aimée. L’équation est tristement simple.

   Mais d’un autre côté, le regard masculin (tant convoité !) peut s’avérer être une prison, un carcan difficile à briser car profondément internalisé. Ainsi, comprendre une femme, c’est comprendre la dépendance qu’elle ressent vis-à-vis de ce regard.

On le hait d’autant plus qu’on y est aliéné. Il représente des chaînes puissantes qui nous empêchent, en tant que femme, de se penser au travers de son propre regard. D’où la violence, souvent, que la femme peut ressentir devant tout regard masculin non désiré : il vient comme remuer le couteau dans la plaie, il vient représenter ce regard qui, même dans notre intimité, a une place de choix.

   Ce qui est d’autant plus hypocrite, en plus, c’est qu’une femme qui recherche « intentionnellement » le regard, est une femme que l’on dénigre.  Nous nous retrouvons, alors, dans la position ridicule de faire semblant de ne pas s’en soucier, tout en vérifiant qu’il est toujours bien présent. On le hait mais on ne peut s’empêcher de l’attendre, on s’interdit de le rechercher ouvertement mais on le scrute discrètement. Injonction paradoxale quand tu nous tiens !


Chapitre 2 : Corps regardé, corps objet

   Comme écrit précédemment, la femme apprend vite à internaliser le regard masculin qui viendrait la valider et lui donner une consistance. Il joue un grand rôle, notamment sur son corps, car le regard se pose avant tout sur celui-ci. Ce qu’un homme approuve ou désapprouve par un regard, c’est notre beauté, notre désirabilité, notre attraction sexuelle. Le fait que notre corps soit à ce point codifié nous amène à le penser comme un objet. La pub aussi, nous montre que le corps féminin fait vendre, il est utilisé, chosifié souvent cruellement. Et surtout, il ne nous appartient plus, car en le chosifiant, on lui enlève sa substance, son âme, notre âme. Notre corps ne nous appartient qu’en apparence, et, au final, notre espace de décision et de créativité auprès de celui-ci est très mince.

Notre corps appartient de plus en plus à la société, et ce sont les hommes qui l’homologuent.

   Aussi, on assimile vite qu’être belle (selon les critères drastiques et insensés de notre culture), c’est avoir du pouvoir, car on a plus d’attention de la part des autres, des hommes notamment, de la société en général. Aller dans le sens de cette dernière, c’est prendre la direction de la maîtrise du corps, c’est s’épiler, se maquiller, maigrir, être tonique et sexy. C’est jouer la carte de la corporéité plutôt que de l’entièreté, car c’est la plus belle place (et la seule ?) que l’on accorde aux femmes. Être regardée pour exister. (On y revient).

   A l’inverse, dès qu’une femme ne joue pas le jeu de la beauté standardisée, on lui fait comprendre qu’elle dérange et qu’elle a plutôt intérêt à rentrer dans le rang : « Attention, là t’es trop grosse», « Et ici, t’es pas assez épilée. », « Houlà, t’as les cheveux secs ! », « T’es pas un peu pâlotte ? », sans oublier le sacro saint « T’as l’air fatiguée… » (alors qu’on a juste décidé de ne pas mettre de maquillage… !)

   Ne pas jouer le jeu du corps pour une femme, c’est prendre le risque d’être moins considérée, puisque moins regardée. On est tellement évaluées par rapport à celui-ci qu’il est bien difficile d’entretenir un rapport sain avec lui. Et, dans l’intimité d’une chambre de femme, face au miroir, les injonctions sociétales pleuvent, et loin d’être dans une ressenti profond avec son corps, la femme s’estime comme un objet.

   Se considérer comme un objet, être considérée comme un objet, voici le quotidien des femmes. Une frustration diffuse. C’est une défaite, une désolation, ô combien banalisée. Alors pour les femmes, il reste deux solutions : soit être un objet quelconque, soit être un très bel objet. Et en choisissant la deuxième option, s’ouvre alors aux femmes l’impression délicieuse et trompeuse de dominer.


Chapitre 3 : Je suis un bel objet donc je domine

   Voilà, on y est. Être ramenée à son physique, vidée de sa substance, c’est insupportable. Alors pour reprendre le contrôle, inconsciemment, nous devenons actrices de la séduction, car si notre corps est à ce point possédé et obsédant, s’il est l’objet de tous ces regards, c’est qu’il a un réel pouvoir. Jusque là, la jeune femme se sentait seule avec l’impression amère d’être le dindon de la farce. Maintenant, en jouant le jeu de la séductrice et du corps, elle passe maître du jeu. De victime de notre beauté, nous devenons actrices.  L’homme nous a chosifié, mais maintenant, c’est lui qui est notre chose.


Adopter un comportement hyper-séducteur, c’est aussi se donner l’impression de contrôler le désir masculin, c’est donner un sens à la genèse du désir de l’homme.

   De dominée, je deviens dominante. Transformer cet esclavage en domination, donc. Autant vous dire que l’expérience est risquée et profondément décevante. Mais elle part du désir féroce de prendre sa revanche, de manipuler à souhait la misogynie la plus sale, rire en secret de ces nigauds qui bavent sur notre physique. Alors on s’habille sexy pour provoquer, on allume d’un regard pour mieux utiliser l’autre, on couche juste comme ça… bref, on séduit pour mieux dominer. Domination que l’on ne connaît que trop bien, nous, les femmes.

   La barrière est floue, ici, entre esclave et maître… Et un goût amer s’installe, celui qui nous amène à penser que les femmes sont toujours perdantes.

   Sans oublier que nous entrons, dès lors, dans une relation totalement dysfonctionnelle car malsaine : une femme qui se place dans la relation en tant qu’objet n’attire à elle que des hommes qui l’a traiteront comme tel.
Et la dominante redevient très vite dominée. C’est un cercle vicieux qui s’enclenche, car à côtoyer des hommes qui ne considèrent les femmes que pour leur corps, ces dernières se sentent d’autant plus sous-estimées, et la haine attisée les amène à adopter des comportements encore plus dangereux afin de faire payer l’homme.


Chapitre 4 : Chercher la limite

   Ainsi, être une femme et jouer la carte de la séduction et du corps, c’est ressentir l’ivresse d’un pouvoir tout neuf qui n’a pas de limite. Et il est tentant de le provoquer, de jouer avec celui-ci pour mieux comprendre ce qui, dans ce corps, rend certains hommes complètement fous. Objet de désir ? Très bien, alors combien de verres vas-tu m’offrir ? Combien de tentatives vas-tu faire pour avoir mon numéro ? Jusqu’où es-tu prêt à aller, homme, pour obtenir mon corps ? A payer ?

   Chercher la limite soi-même, là où il y en a très peu, c’est aussi avoir l’impression de reprendre le pouvoir sur un corps dont on est dépossédée. Comme vu plus haut, le corps des femmes appartiendrait à tout le monde, alors s’en servir, surtout de manière subversive, pour « tester » ou provoquer, c’est une manière de reprendre une liberté que l’on sent nous échapper à chaque minute. Mais c’est évidemment un chemin où seule la déception nous attend, car à jouer avec le feu, on sait rarement ce que l’on provoque. Là où la femme peut se sentir exister et aimée juste par un regard, elle peut se sentir niée quand cela va plus loin. La frontière entre le sentiment d’être valorisée et celui d’être envahie par un désir trop ardent est mince, et hommes et femmes n’ont pas la même perception. L’exemple le plus courant se voit auprès des hommes qui pensent qu’une femme qui s’habille avec un décolleté et une jupe, cherche forcément à être draguée. Les hommes y voient un signe d’ouverture, là où beaucoup de femmes ne font que répondre à une norme d’habillement.

Aussi, on peut aimer la sensation d’être désirée sans avoir envie de plus. C’est d’ailleurs ce que l’on apprend à la femme dès son plus jeune âge : « Tu dois attirer le regard masculin pour être aimer, mais n’attise surtout pas leur désir, sinon tu es une traînée ! ». Nous voilà prises au piège, inconsciemment perdues dans cette jungle de règles qui dictent tout et son contraire… Et qui en paye le prix ? La femme évidemment. Si elle n’essaie pas d’attirer le regard, alors c’est une coincée, si elle l’attire trop, elle est jugée « pute » et la culpabilité retombera sur elle, même pour un viol. L’homme, lui, n’a à s’inquiéter de rien, face à ces normes hystériques, il est intouchable.


Chapitre 5 : Le corps, véhicule de la colère des femmes envers les hommes

   J’ai cherché à savoir ce qui se tramait derrière cette tendance à entrer dans un contrôle de son corps pour mieux contrôler les hommes, et, en descendant dans cette cave immense de l’inconscient collectif féminin, j’y ai vu la haine des hommes. Une haine sourde et froide, car refoulée. J’y ai discerné de la peur aussi, mais c’est bien la haine qui entoure le corps des femmes qui maîtrisent leur apparence pour dominer les hommes.

   Alors pour désamorcer ce comportement de sur-maîtrise de son corps, il faut passer par cette haine. Du moins, il faut en parler, ne plus la laisser sous silence, ensevelie sous les gravats de la soumission féminine.

Avoir la haine envers les hommes, un passage obligé ?

   C’est une réelle question que je me pose, car, après tout, la rage des femmes envers les comportements misogynes, ne serait-elle pas notre seule porte de sortie ? Être en colère, en vouloir aux hommes, les punir, ne serait-ce pas une étape obligée face à l’impuissance et à la soumission qui alourdie les femmes ?
Quand on voit toutes les atrocités que subissent les femmes chez nous ou ailleurs : excision, mariage forcé, prostitution, viol, slut-shaming, comment ne pas avoir la haine ? Comment moi, jeune femme, je ne peux pas éprouver du mépris envers ces hommes qui me harponnent du regard quand je marche « librement » dans la rue ? Comment ne pas avoir la rage qui m’anime quand je croise cet homme qui, d’un regard, me rappelle encore qu’aujourd’hui, en France, mon corps ne m’appartient pas tout à fait ? Comment ne pas avoir envie de brûler le rayon magazine féminin quand leur « Une » titre inlassablement les mêmes débilités asphyxiantes ? Comment ne pas détester les hommes, quand, le soir, je croise au détour d’une avenue, une femme qui attend, lassée, qu’un homme s’arrête pour la baiser ?

   Qu’on ne vienne pas me dire de sourire dans ces moments là, de « prendre sur moi », de banaliser des actes condamnables. Qu’on ne me sorte pas le fameux « Mais ce n’est pas la faute que des hommes. », car sur le coup j’en ai rien à foutre. Tenez, même dans l’insulte « rien à foutre » l’ombre masculine y a apposé sa marque (le foutre voulant dire sperme).

   Mais il n’est pas bon de montrer sa colère, que dis-je, sa hargne, sa haine dans nos sociétés intellectuelles, et de surcroît quand on est une femme. Une femme, c’est doux, c’est empathique, c’est bienveillant, c’est un bel objet lisse que l’on pose ici ou là et qui va bien s’occuper de vous. Ça n’est pas vulgaire une femme, non ! Ça n’est pas sale une femme, ça ne s’insurge pas, ça ne vous remet pas en question !

   Pourtant les femmes sont en colères, et ce, depuis des siècles, ce désir de justice qui nous déchire s’infiltre de plus en plus, et on ne va plus pouvoir le retenir encore bien longtemps…

   Entendons-nous bien, cette colère dont je parle est une colère saine car liée à notre soif de justice. Les femmes sont en général moins agressives que les hommes. L’énergie féminine, que nous représentons au travers de notre corps féminin, est une énergie qui appelle à la créativité et à l’empathie, elle incarne la réceptivité et l’intuition, comparativement à l’énergie masculine qui produit, émet. Nous avons les deux en nous, mais force est de constater que l’énergie féminine est maintenue amoindrie depuis des siècles. C’est donc bien toutes les injustices auxquelles les femmes sont confrontées qui nous amènent à éprouver de la colère. Cette colère est comme un feu purificateur qui viendrait attiser l’énergie féminine et lui redonnerait la place qui lui revient de droit, autant chez la femme que chez l’homme.


Chapitre 6 : Se réapproprier son corps et sa colère

« Les femmes ne pourront faire prendre conscience de tout cela à leur environnement culturel en lui disant simplement : « Change » Mais elles peuvent changer d’attitude à l’égard d’elles-mêmes, ce qui désamorcera les projections destinées à les dévaluer. Pour cela, il leur faut se réapproprier leur corps. En ne renonçant pas à la joie de leur corps naturel, en ne souscrivant pas à l’illusion courante que le bonheur ne vient qu’à celles qui ont un âge donné et une conformation donnée, en n’attendant pas avant d’accomplir ce qui doit être fait, en se réappropriant leur vraie vie et en la vivant à plein et sans frein. C’est cette façon de s’accepter, cette estime de soi qui commence à faire changer les attitudes au sein de la culture. »

Clarissa Pinkola Estés

   Ah cette fameuse culture… Celle-là même qui nous enferme dans notre plastique.

   Ce réapproprier son corps, c’est aussi ce réapproprier ses émotions et tout ce qui le fait vivre, tressauter, pleurer, hurler, rire. C’est pourquoi il est important, aujourd’hui, de respecter la colère des femmes, et donc, en tant que femme, d’accueillir en nous cette rage de justice pour mieux la transcender. Car quand on laisse cette colère bouillir dans l’inconscient, elle nous emprisonne à son tour et nous bloque dans notre relation aux hommes. Savoir la reconnaître, lui laisser sa place (sans frapper sur tous les hommes que l’on croise !) et la laisser partir et le seul moyen pour choisir consciemment de créer l’inverse de ce qui nous a insurgé : je vois de l’irrespect envers les femmes ? Alors je serai encore plus respectueuse envers les femmes et envers moi-même ! Je me vois chosifiée ? Alors je choisirai d’autant plus d’être un exemple de femme entière. Nous sommes toutes et tous des exemples à notre niveau, à nous de choisir consciemment ce que nous voulons inspirer dans ce monde.


Conclusion

   Voilà. Au travers de cet article, j’ai vraiment eu à cœur de faire passer ce message : c’est une chose de juger une femme sur son comportement, c’en est une autre de tenter de la comprendre.

   Il n’est pas question de faire passer les femmes qui surinvestissent leur beauté pour des victimes, mais seulement de montrer que la société ne leur laisse que peu de choix.

   Je pense sincèrement que la libération de la femme passera surtout par la compréhension de ce qu’elle vit inconsciemment.

   Je crois également que le non jugement et la bienveillance sont primordiaux. Si déjà, entre femmes, nous décidons d’arrêter de nous juger les unes les autres sur nos tenues et nos comportements, ce serait un grand pas, car sinon nous devenons nous mêmes gardiennes de ces normes qui nous contraignent.
Aujourd’hui encore, il existe bien trop de moments où l’on est jugées sur cela. On voudrait que cela cesse au tribunal dans le cas d’un abus sexuel, qu’on cesse de se préoccuper de savoir si la fille portait une tenue sexy ou si elle était bourrée, mais comment l’exiger là, quand dans notre quotidien nous sommes étroitement encadrées sur ce que doit ou ne doit pas faire une « femme bien » ?

   Cette libération passe aussi par le fait d’expliquer aux hommes capables de comprendre, (parce qu’il y en a où il vaut mieux laisser tomber !) ces injonctions qui pèsent sur nous. Messieurs, soyez humbles ! Vous n’avez aucune idée du poids et du tiraillement incessant que subit le corps des femmes.

   J’espère aussi vous amener à voir autrement la colère parfois soudaine des femmes, cette colère si souvent réprimée et qui ressort alors de manière inappropriée. Les femmes ont le droit d’être en colère. Elle représente un mal nécessaire pour sortir de l’impuissance et pour accéder à l’apaisement.

Avec puissance,

Lise M.

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6 commentaires

  • Cecile

    Merci
    C’est en lisant femmes qui courent avec les loups que ma vie a commencé à changer.
    Merci de relayer ce type de pensées.
    La prise de conscience que j’ai eu en lisant Clarissz Pinkola Estes est énorme, une sorte de libération et un cri qui signifie Oh mon dieu, mais c’est vrai! Qu’il est dur de reprendre sa liberté de femme, qu’il est dur de ne pas tout plaquer quand on se rend compte du carcan que la société fait peser sur nous. Je suis obligée de vivre dans l’hypocrisie du mariage d’être une femme-épouse parfaite car j’ai une petite fille de 3 ans et pas de travail. Alors petit à petit je vais essayer de me racheter une liberté de penser et d’être. Je vais reprendre un emploi que j’aime, et je pourrais essayer d’être ce que je suis vraiment sans peur.
    Petite j’aimais la vie, j’aimais être délurée, crier sauter jouer avec n’importe qui. Puis ma mere m’a appris à etre bien éduquée et j’ai perdu tout mon bonheur et ma spontanéité. Elle m’a appris à être une fille. Cette phrase même me répugne en l’écrivant. Alors je me fais la promesse de ne jamais faire cela à ma fille. Je lui laisserai son authenticité sa spontanéité et lui apprendrai que si la société n’est pas réceptive c’est qu’il y a des raisons qui sont propres à elle et non à cause de ma fille. Que si on la traite de garçon manqué ce n’est pas parcequ’elle ressemble à un garçon mais plutot parcequ’elle est elle même, une vraie femme, et que ça fait peur à tout le monde.
    Je suis admirative et j’ai du respect pour les femmes qui ont compris alors merci pour votre mot et continuez envers et contre tout. Vous nous aidez, vous aidez les femmes, et dieu sait qu’il y a du chemin à faire!

    • Sois Belle & Dénonce

      Merci Cécile !
      je suis complètement fan de Clarissa Pinkola Estés, et j’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à choisir la citation tellement chaque phrase ou presque sont porteuses de sens 🙂 C’est un livre à mettre entre toutes les mains !
      En tout cas, ton témoignage est un beau message pour toutes les femmes qui se sont perdues et qui se reconnectent à leur liberté et à leur “nature sauvage” 😉 et je trouve terrible, aujourd’hui, que l’on banalise ce carcan qui emprisonne bien des femmes…
      Encore merci pour votre respect, et je compte bien continuer ! 🙂

  • Romain

    J’essaye de comprendre cette appel a la liberation de la colere que je trouve tres legitime. Neanmoins je le trouve dangereux et/ou incomplet et il me fait me poser beaucoup de questions. Nous les hommes, ne sommes pas forcement misogynes, machos ou reducteur dans notre maniere de considerer la femme. Je suis sensible a ces questionnement feministes et ils m’aident a conprendre le positionnement etrique de la femme dans nos societes. Je l’entend mais je me dis, je fais moi meme partis intergrante avec mon corps de cette societe, je suis soumis aussi a ces “roles” que nous impose encore aujourd’hui l’education, l’inconscient collectif, l’imagerie societal et l’ambiance generale. Je suis mal eduque ou du moins, je vis dans ma culture, alors en quoi la colere de mon interlocutrice bafoue, va m’aider a apprendre, a comprendre? et en quoi cela va me permettre moi, en tant qu’individu sensible et doux, de me sentir mieux et en securite pour recevoir ce message?

    Je ne suis pas responsable de cette etat de fait des choses, je ne suis pas le coupable meme si j’en ai l’apparence. Alors pourquoi serait pros pour cible d’invectives, d’agressivite et de colere.

    La colere d’un juif envers un allemand est elle legitime car le grand pere de cet allemand a collaborer ?

    Non, ce message est pour moi dangereux dans sa forme. Il invite les femmes a prendre la parole par la force et la puissance, a se rebeller, sans se questionner sur la cible?

    Rien ne peux remplacer la pedagogie, la comprehension, l’enseignement, pour que les mentalites evoluent. Nous ne sommes pas tous refractaires et reducteurs mais avec la colere, rien n’est entendu, pas meme la realite du destinataire des propos. La colere nie l’autre dans un debat ou c’est une realite psycho-socio-culturelle qui est a change en profondeur, et pas la stupidite. Nous ne faisons pas nous non plus expres d’avoir des conportements reducteurs, on nous la enseigne et fait incorporer comme beaucoup de femme. Et il faut aussi l’entendre.

    Romain

    • Sois Belle & Dénonce

      Merci pour ton témoignage Romain 🙂

      Je peux comprendre que tu te sois senti visé en tant qu’homme et je suis désolée si dans mon article tu as cru comprendre que je poussais les femmes à se mettre en colère, à invectiver et à être agressives car ce n’était pas mon intention. Cet article je l’ai écrit pour les femmes, qu’elles puissent regarder et écouter la violence qu’elles ressentent afin de transcender et apaiser celle-ci.
      Mon message n’est pas de créer une révolte des femmes envers les hommes dans leur ensemble, il est de mettre des mots sur un comportement violent et destructeur des femmes pour le regarder pleinement. En écoutant les femmes de mon entourage, il m’est apparu évident que cette colère était là de façon inconsciente, la reconnaître est un premier pas. La pédagogie et l’enseignement viendront ensuite.

      Merci,

  • Haï

    Bonjour/bonsoir, j’écris en réponse de l’omni-présence du regard dans ta critique.

    Je voulais exposer un peu ce regard dans la rue, je confirme, très constant de notre part (dumoins pour nous les ados de 15-20 ans).

    Rapide passage sur moi-même, passage obligatoire car je vais surtout me baser sur mon expérience. (Tu peut passer les []s)

    Je m’appel Haï, j’ai 18 ans et je vis dans une famille de classe moyenne en banlieue gentillement classé ZUP. Je suis une classe scientifique en lycée bien que j’ai des liens social avec quelques littéraires avec lesquels j’ai longuement débattu. Effectivement j’ai regarder dans les tabacs durant mon adolescences ces jolies magazines représentants des madames très jolies et très… Et dont la peaux était très exposé, mais c’était bien une perle rare a coté du tabacs sales et des gens dont l’hygiène laissait a désirer [faute d’un gentil phénomène de consumérisme et de pub exposant les bien-faits de la cigarette]. Voila Voila

    Mea Culpa, j’ai beaucoup regarder de jolie femme furtivement ou fixement durant mon age de cons. Mais je me souviens que la plupart du temps, ce n’était presque jamais “volontairement”.

    En voici un exemple inspiré de plusieurs expériences: Quand je vais dans le tramway et que je n’ai pas de quoi m’occuper les yeux, je m’amuse a faire le tour du voisinage. Un vieux, un jeune, un gros, une grosse, un chiant, une jeune, un… Et la, retour presque instinctif. Je regarde, je scrute, je remarque qu’elle est seule et assez belle pour son age (qui semble d’ailleurs proche du miens). J’en conclue des aventures magnifiques: moi et elle, ont socialisent, ont devient super proches. Mais dans mon histoires inventer voici ce qui prend le plus de place: elles veut de moi, je veut d’elle, de son corps, de sa beauté, tient ? De sa jolie poitrine aussi qui… Et tout s’arrête quand elle me regarde.

    Parfois je tourne les yeux, honteux d’avoirs pensé des trucs pareils et pensant la gêner. Souvent je continue de la regarder en laissant un sourire serrer comme ceux des mères gênés par la mauvaise attitude de leurs mioches dans des espaces publiques (ici le mauvais mioches étant mes hormones ). Rarement, elle me renvoie le regard avec le même sourire et ont baissent de façons synchrone nos regards. Souvent elle fait ce que tu décrit en chapitre 1: elle fait mine que je n’existe pas et la s’active le tollé de l’homme qui se sent rejeté (aussi décrit dans ton chapitre 1 avec la dépendance du regard): “Je suis moche a se point ?” “Vasy, tout le monde va penser que je suis un gros pervers” et même.. quand ma mauvaise foi se mélange avec cette peur “Si cette fille la me rejette, qui voudras de moi ?” qui sous entend bien entendu “Et ce qu’un jour je vais réussir a baiser ?”.

    Donc premièrement: L’importance de n’être plus vierge à l’adolescence. Chez nous les garçons (du moins c’est ce que j’ai remarqué) c’est une pressions socialement quasi permanentes que se soit avec les amis (avec les horribles insultes “Puceaux” “Sans couilles” “Petites bites”) ou même dans la famille (La fameuse remarque “Alors, c’est quand que tu nous ramène une fille à la maison”). Même si peut de nous arrive à cette objectifs, sa fait mal pour beaucoup: après tout, on est inférieur non ? ont vaut rien vue qu’aucune fille veut nous remettre son intimité, on est digne des clichés des intellos a lunette avec pleins de boutons qui se font frappé et rejeté dans les cours de récré (avec souvent les bonnes notes exclus du cliché). Calomnie !! Alors beaucoup prennent sur soi mais guette la moindre opportunité “pour tester”, et d’autre deviennent extrémiste (#incel).

    Deuxièmement, le rôle un peu de la biologie dans tout sa: car les yeux sont des organes très utiliser par le cerveaux qui, comme le cœur a qui on ne commande pas de battre pour qu’il batte, a des fonctions autonome, et car le cerveaux a un comptoirs des testicules appelé “hypophyse”; Notre regard n’est t’il pas lui non plus guidé par ses envies incontrôlé ? Je sais, il faut se signer 100 fois devant toute les croix du monde avant d’utiliser ce mot mais: est ce que sa ne serrait pas intrinsèque ? Après tout, tout homme aillant déjà tester ses fonctions reproductrices (Je ne préciserais pas comment) a bien montré a son hippocampe cérébrale comment sa fait du bien et, d’après des études que j’ai regardé, ce n’est pas la “première fois” qui va dire le contraire, créant même parfois (et c’est bien malheureux) une dépendance maladive. Notre cerveaux, dont le regard est complice de sa malice ne risque t’il pas de mettre dans les mots clés de jeune fille “Un truc qui fait du bien” sans notre contrôle ?

    Je le répète, je ne suis encore qu’un adolescent. Mais j’ai l’envie d’exprimer ce doute qui, je pense, et présent chez tout les hommes. Comme je l’ai exprimé, je ne met pas en doute l’apport de la culture dans tout se foutoir inégalitaire qui est présent et impossible à contester (comme tu l’a si bien dit: “même dans l’insulte « rien à foutre » l’ombre masculine y a apposé sa marque (le foutre voulant dire sperme).”) mais je voulais au moins que notre regard sur les femmes, dans une société qui serras égalitaire, soit au même titre qu’un éternuement ou qu’un bâillement: quelque chose qu’on ne contrôle mais qui peut faire plaisir sans arrière pensé politique ou malsaine…

    Merci de ta longue lecture si tu l’a faite

    • Sois Belle & Dénonce

      Merci Haï pour ton commentaire que j’ai eu plaisir à lire ! Je suis contente qu’un homme témoigne sur ce qu’il vit et ressent quand il croise une “jolie” fille dans la rue ou les transports en commun, de manière bienveillante. J’ai trouvé cela très enrichissant !

      Je me doute bien que les hormones y sont pour quelque chose, surtout à l’adolescence, là-dessus je suis bien d’accord avec toi.
      Dans cet article je voulais surtout mettre en lumière à quel point l’omniprésence du regard masculin devient aliénant pour les femmes dans cette société où son corps est utilisé pour vendre tout et n’importe quoi, et où on l’exhorte à être sexy. Le regard masculin vient alors en “remettre une couche” d’une certaine façon.
      Il convient aussi de nuancer les différents “regards masculins”: certains (comme dans ton exemple) peuvent être flatteurs et bien vécus car on ressent le respect derrière. Mais d’autres regards sont bien plus violents car on perçoit la volonté derrière de dominer et de nous ramener à l’état d’objet sexuel.

      Merci encore pour ton commentaire, de souligner la pression des hommes à perdre leur virginité le plus tôt possible comme si c’était une maladie dévirilisante, et de nous décrire ce dialogue intérieur quand une fille ne s’intéresse pas à toi (ou fait semblant). C’est très instructif ! 🙂

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