Beauté fatale

Oser ne pas toujours être “belle”

“- Pourquoi les garçons sont-ils beaux sans maquillage ?
– Parce que la société ne leur a pas dit qu’ils étaient moches sans.”

    Aujourd’hui, j’ai envie de zoomer sur cette injonction à la beauté qui nous exhorte à être « belle » 24h sur 24h et 7 jours sur 7. Parce que, déjà, rentrer dans les critères de beauté n’est pas une mince affaire, mais si en plus on doit s’y conformer tout le temps, c’est clairement l’horreur. Et regardons les choses en face : les femmes sont, actuellement, forcées à correspondre au moule sociétal à chaque seconde.

   Le problème vient du fait que l’on considère la beauté stéréotypée comme une qualité obligatoire chez la femme. Comme je l’ai déjà souligné dans de précédents articles, une femme qui ne correspond pas aux critères se verra attribuer moins de valeur, voire même sera considérée comme un échec (et pire, se considérera elle-même comme échec, intériorisant gentiment le discours sociétal discriminant son physique…)

    Ainsi, la beauté physique étant indissociable du corps féminin, il devient alors « naturel » de contraindre ses dames à faire attention à leur physique du matin au soir, au travail, à la maison, en vacances, en période de règles, dès son plus jeune âge et jusqu’à sa mort.

   S’estimer sur son physique à chaque seconde est la meilleure manière de se créer des complexes et de se détester. Hélas, pour bon nombre d’entre nous, c’est une habitude incessante et ô combien inconsciente. Il suffit de se regarder soi-même et surtout observer ses pensées, dès le réveil, devant son miroir où notre visage encore endormi nous semble être un boulet qu’il va falloir traîner jusqu’à la transformation soi-disant salvatrice dans la salle de bain.

   Mais, sérieusement, comment peut-on être devenue aussi sévère envers notre physique même au réveil ? Et surtout de manière aussi banalisée ? Combien de femmes aujourd’hui se sont levées et, en se redécouvrant dans leur reflet, ont préféré baisser les yeux et s’éloigner, ou ont soupiré ? Et c’est comme ça que de nombreuses personnes commencent leur journée : en se dénigrant.

 

Comment prendre de la distance par rapport à cette injonction

d’être parfaite physiquement non-stop ?

 

   Déjà, il faut déconstruire l’idée que les femmes sont indissociables de la beauté physique. En fait, cette dernière n’est qu’une qualité comme une autre, que l’on peut décider d’incarner ou pas au moment où on le désire.

   Pour prendre un peu de recul, prenons une autre qualité. Par exemple : la générosité. C’est magnifique comme qualité la générosité, mais on est bien d’accord que l’on ne s’exhorte pas à être généreux 24h sur 24h. Le matin, quand vous préparez votre petit déj’, vous n’êtes pas en train de vous fustiger parce que vous ne préparez pas le déjeuner de votre partenaire qui se lève dans une heure ? Vous ne vous dîtes pas « Houlà dis-donc je suis sacrément égoïste ce matin ! » ?
Ou, encore, si on prend la qualité de l’enthousiasme, vous trouvez normal de ne pas être enthousiaste tout le temps. Ou persévérante tout le temps. Ou à l’écoute tout le temps. Ou drôle tout le temps.
Bref, vous avez saisi. Et c’est exactement pareil pour la beauté.

   Il est parfaitement ok de ne pas s’investir dans sa beauté physique sans arrêt. Vous avez le droit de ne pas correspondre aux standards. Vous n’êtes pas obligée d’honorer cette qualité à chaque seconde. Et surtout, prenez du recul sur ces pensées qui vous traversent quand vous vous jugez en-dehors des critères, car c’est plus que normal d’être en-dehors des critères parfois (même souvent). C’est ok d’avoir un bouton, d’avoir des cernes, d’avoir des pores, des rides, des poils, de suer, etc. Par contre c’est destructeur de s’en vouloir pour ça. Tout comme il serait destructeur de s’en vouloir de ne pas être drôle ou généreux H24.

   Tout est une question d’équilibre, et rien ne m’empêche d’honorer ma beauté quand je suis disposée à le faire. Mais on en est loin. Nous sommes bien nombreuses à nous tyranniser devant notre miroir, à s’examiner dès qu’on le peut durant la journée, afin de vérifier frénétiquement si le maquillage est toujours en place et que nos cheveux restent disciplinés.
Sans parler des magazines féminins qui en ont fait leur gagne-pain, en nous abreuvant d’articles sur comment-être-parfaite-physiquement-tout-le-temps. Et pourtant, force est de constater que vouloir correspondre à la beauté ambiante H24 relève du suicide psychique. Arrêtons de croire à ce mirage.

   Je sais que ce que j’écris là est simple à dire, mais très difficile à faire pour certaines. Mais osez tout de même vous observer, osez-vous regarder le matin ou le soir sans maquillage avec bienveillance (et sans vous comparer). Car quand on n’adhère plus à ces croyances limitantes d’être toujours belle, cela nous laisse un nouvel espace de liberté : cette liberté de se trouver belle sans coller aux critères épuisants d’une société malade. Cette liberté qui nous murmure que, peut-être, je peux me définir moi-même, reprendre le pouvoir sur mon physique et décider quand et comment j’ai envie d’incarner cette qualité.

 

Avec douceur,

Lise M.

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2 commentaires

  • Nausea

    Toujours pertinent et précis ! Tu es agréable à lire et à partager. Une vérité pas toujours si simple à faire exister au quotidien, mais tu aides à la faire vibrer.

    Un grand merci pour tes pensées.

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