Beauté fatale

L’anti-drague ou la peur des hommes

  

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de manière plus détaillée de cette fameuse « anti-drague » dont j’ai déjà parlé dans mon article sur la difficulté d’être belle. Cette technique qui vise à éloigner tout homme potentiellement attirant de nous, m’a accompagnée tout le long de mon adolescence jusqu’à encore il y a peu. Et je dois dire, qu’elle a fait ses preuves.

   Quand on est une jolie fille et que l’on ne veut surtout pas être draguée, il faut la jouer fine, et pour cela tous les coups sont permis. Voici en exclusivité, les trucs et astuces d’une experte de « l’anti-drague » :


Règle n°1

    Évitez les hommes en général. C’est une règle de base de « l’anti-drague ». Votre cercle d’amis ne doit être constitué que de filles et d’homosexuels. L’amitié garçon-fille est impossible pour la pro de « l’anti-drague » et d’ailleurs, elle n’y croit pas : c’est beaucoup trop dangereux.


Règle n°2

   Toujours éviter LA personne qui vous intéresse. Cet homme est super beau ? Il a l’air de s’intéresser à vous ? Parfait, il ne vous reste plus qu’à fuir. Cela peut être de manière physique, comme par exemple, s’il est vendeur dans un magasin, évitez autant que faire ce peu d’y retourner, tout simplement.

Si par contre, vous êtes en soirée, et que vous ne pouvez pas fuir physiquement, c’est simple : ignorez-le.


Règle n°3

   Faites mine de ne pas comprendre ses sous-entendus. Il vous fait un compliment ? Dites merci sans rougir et détournez la conversation sur un sujet autrement moins dangereux : le goût délicieux du dîner, la faim dans le monde, etc. Ou mieux encore, appliquez la règle n°2 : barrez-vous.


Règle n°4

   Cassez-le sans arrêt. Vous êtes seule avec lui et vous ne pouvez pas fuir ? Alors soyez ironique, campez sur vos positions, ridiculisez-le ! Jouez la femme fière qui n’en a rien à faire de lui et de ses petits problèmes. Bref ne montrez pas votre douceur et votre sensibilité, au contraire soyez castratrice.


Règle n°5

   Intéressez-vous à son ex. Il vous en parle ? Profitez-en ! Demandez-lui ce qu’il regrette de son ancienne relation avec elle. S’il la dénigre, prenez sa défense (même si vous ne l’avez jamais vu et qu’elle a vraiment l’air indéfendable). Bref, essayez de les recaser.


Règle n°6

   Si vous pensez à lui, focalisez-vous sur ses défauts. Il commence insidieusement à vous trotter dans la tête ? Vous n’arrêtez pas de penser à lui ? Oh mon dieu ! C’est le moment de s’affoler et de prendre le problème à bras le corps. Ma technique : repensez à toutes les petites choses que vous n’aimez pas chez lui, même un détail fera l’affaire, puis re-visualisez-le en boucle pour contrer toutes les choses que vous aimez chez lui.


En fin de compte, l’important dans « l’anti-drague » c’est de ne surtout pas rendre le dialogue ambigu, car c’est dans l’ambiguïté, cet espace où l’on peut projeter et interpréter ce que l’on veut sur l’autre, que se crée le désir. Dans la séduction, une grande place est laissée au silence et au mystère, et ça, c’est interdit dans le code de « l’anti-drague ».

Ainsi, voici en quelques mots, les règles tacites que s’inflige l’experte de « l’anti-drague ». Je tiens à préciser ici qu’il s’agit bien d’hommes qui nous plaisent. En effet, ces règles sont plus ou moins utilisées par toutes pour signifier gentiment à un homme qu’il ne nous plaît pas, mais ici ces règles sont appliquées afin d’éloigner un homme qui nous attire. C’est là tout le paradoxe ! Nous faisons semblant d’ignorer LA personne à laquelle on pense le plus.

   Pour résumer : nous restons courtoises et même charmantes, alors que tous nos comportements et signaux hurlent « dégage ! ».


Pourquoi utiliser l’anti-drague ?

   En effet, les femmes qui n’utilisent guère cette technique doivent, et à juste titre, se demander pourquoi leurs consœurs adeptes de celle-ci y ont recours ?

   Par peur, tout simplement. La peur des hommes. Ou plutôt d’un homme. Cet homme qui « ne pense qu’à ça ». C’est cette peur qui transforme ce jeune homme un peu maladroit et dingue de vous en horrible « bad boy » qui veut votre cul.

   Cet(te) peur/homme là n’a tout simplement pas de cœur. Il ne vit que pour son pénis et vous ne servez en tout et pour tout qu’à assouvir ses pulsions sexuelles. Lui, il n’est pas vraiment violent, non. Il manipule, vous fait croire monts et merveilles pour vous attirer dans son lit, puis, une fois la chose faite, il disparaît. Il est l’exact opposé du fantasme de « l’homme romantique ».

   Cette peur là est, elle aussi, parfaitement bien véhiculée par la société : dans les films, les chansons… Et on l’a toute croisée. Il est reconnaissable à la rumeur qui le précède « celui-là ? C’est un vrai dragueur ! » Traduction : « Il ne pense qu’à ça » (« ça » étant le sexe, bien évidemment).

   De plus, les hommes ne sont guère encouragés, encore à l’heure actuelle, à écouter leurs ressentis, à pleurer, à faire preuve d’empathie. Cela amène les adolescents mâles en quête d’une certaine virilité à calquer le stéréotype de « l’homme qui en a ». Ainsi, la jeune fille, à un âge où elle découvre sa sexualité, va se confronter à des garçons qui énumèrent leur tableau de chasse, qui parlent des filles comme des objets et qui ne sont pas du tout à l’aise avec leur sentiments. Des garçons qui vont chercher à coucher avec une fille pour éviter « l’horrible réputation de puceau ». Bref, des hommes déconnectés de leur cœur. Ce n’est, bien sûr, pas le cas de tous les garçons, évidemment (et heureusement !). Pourtant, ce préjugé persiste et handicape profondément la jeune fille dans sa rencontre avec un homme.

Ainsi, utiliser « l’anti-drague » sert de protection, c’est comme si nous mettions des tas et des tas d’obstacles autour de nous pour dissuader l’homme en question. Chaque barrière est une manière de dire « jusqu’où es-tu prêt à aller pour m’avoir ? ». Et j’ai bien employé le mot « avoir », car il est là le problème :

Une femme qui se barricade derrière « l’anti-drague » se pense comme un objet. Inconsciemment, elle ne se considère pas comme une personne que l’on rencontre, mais comme un trophée que l’on acquiert.

   Évidemment, il est plus facile de projeter alors sur celui d’en face le propre regard que l’on pose sur soi-même : le « je suis un objet » devient « tu me considères comme un objet (connard !) ». L’homme, ici, n’a que très peu de place en vérité. Tout le film se déroule dans l’inconscient de la femme.

   Le pire, c’est que cela se transforme en cercle vicieux : comme je me considère comme un objet et que je pense que l’homme me considère également comme tel, alors je vais me barricader, ce qui aura pour conséquence que l’homme ne pourra pas me rencontrer réellement (je ne serai pas drôle, sensible, exubérante, excitante, bref, toutes vos qualités !) ce qui va éloigner les hommes « sains » (ceux qui vous considèrent comme une personne) et attirer les hommes « malsains » (ceux qui vous considèrent réellement comme un trophée…Eh oui, ça existe…)


Les dangers de « l’anti-drague » : attirer les hommes malsains

   C’est là qu’utiliser « l’anti-drague » devient dangereux. Si je pense que les hommes ne me voient que comme un objet (et que je me considère également comme tel) alors je ne vais attirer que des hommes comme cela. Ou, en tout cas, m’attirer des expériences où je vais me retrouver traitée comme un objet. Ce qui ne m’aidera pas, bien sûr, à remettre en question cette fausse croyance de base, mais au contraire, la renforcera.


Oser être une personne que l’on rencontre

   Pour une femme qui pratique « l’anti-drague », voir l’autre comme un être inoffensif et bienveillant est une chose difficile à faire. La rencontre est vue comme un combat perdu d’avance et où la seule chance de gagner se trouve dans la fuite. La peur d’être réduite à un objet s’infiltre en nous comme un poison et nous fait sortir les griffes. Combien de fois ai-je brisé un homme par une simple phrase lapidaire ou avec une indifférence feinte… C’est tout bonnement comme si je me transformais en monstre, protégeant la petite fille recroquevillée en moi. Cette petite fille qui a peur de montrer qui elle est vraiment car elle-même ne le sait pas.

   J’aimerais dire, à toutes les femmes qui utilisent cette technique, d’aller voir au plus profond d’elles-mêmes, voir cette petite fille qui se considère comme un objet.

   J’aimerais pouvoir vous dire que vous êtes puissantes et que vous avez le droit de choisir quel homme vous avez envie de rencontrer, qu’aucun homme ne pourra vous faire de mal si vous ne le lui permettez pas.

   J’aimerais vous dire que plus vous écoutez la part de vous-même qui est sensible, empathique, authentique, plus vous autoriserez l’homme en face de vous à en faire autant, car ils en ont bien besoin.

   Mesdames, lâchez les armes, incarnez la douceur forte et l’empathie puissante, tendez la main à cette petite fille recroquevillée et ouvrez-lui la porte de l’amour.

   Osez être une personne (merveilleuse) que l’on rencontre.

Lise M.

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8 commentaires

  • Loulou

    Merci beaucoup pour ton article! Je suis très belle et j’ai du mal à l’assumer. J’ai pu m’identifier dans la catégorie de l’anti drague car je me suis en quelque sorte renfermée sur moi même et je n’arrive pas à accepter le regard des autres et en particulier des hommes ni même leur approche. D’ailleurs je n’ai jamais eu de copain alors que j’ai 21 ans . Je ne les laisse pas m’approcher. Je me suis construite une barrière. Je suis constamment angoissée en public et mes relations avec les filles ne sont pas simples. Je dois essayer de leur prouver que je suis une fille normale qui ne va pas leur porter préjudice ou être hautaine. J’ai eu beaucoup de problèmes dans ma vie depuis que je suis petite à cause de cela justement car les filles étant jalouses parlaient beaucoup derrière mon dos en disant des choses totalement fausses sur moi ou essayaient de me faire perdre confiance en moi, en se moquant de moi et en montant les garçons contre moi… J’avoue que je suis arrivée à un point où je n’en peux plus et j’aimerais assumer totalement la beauté que j’ai sans complexes et sans problèmes. Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à être comme cela et ça fait du bien…

    • Sois Belle & Dénonce

      Merci Loulou pour ton témoignage :), en effet tu n’es pas toute seule dans ce cas !
      je te trouve d’ailleurs très courageuse d’oser simplement dire que tu es belle et que tu en souffres, tellement ce discours n’est socialement pas admis..
      La jalousie, la peur d’être “utilisée” par les hommes, les nombreux préjugés sur les femmes belles sont une réalité et amènent une souffrance. Comme tu le décris très bien, on se créé une barrière pour se protéger..
      J’ai créé ce blog pour en parler, et mon premier article fut celui sur “la difficulté d’être belle” tellement ce sujet me pesait.. Je suis heureuse si cela peut t’aider ! Et je compte écrire d’autres articles sur ce sujet afin d’apprendre à assumer pleinement sa beauté 😉

  • Cymophane

    Ça fait du bien de lire ça 🙂
    Je vais pouvoir y réfléchir sérieusement pour enfin mettre fin au comportement d’anti-dragueuse professionnelle que j’ai depuis toujours.
    …et puis je vais lire un peu d’autres choses sur ton blog 😉

  • Lola

    Wow, après “la difficulté d’être belle” ce second article me parle tout autant.
    C’est compliqué ; déjà d’accepter sa beautété, par de devenir narcissique et superficielle, par peur de ne devenir que ce trophé cet objet dont tu parles.. mais le fait est que moi non plus à 21 an je n’ai jamais eu de copain. J’ai également très peu d’amis homme, aujourd’hui je sais pourquoi.

    Mais il est clair désormais que ça ne peut plus durer, je me rend compte depuis qq temps que la beauté peut certes être handicapante, elle est avant tout un réel don, le nier serait grotesque.
    Je vais m’ouvrir aux hommes, aux compliments, cesser de fuir à grands pas le mec qui me plaît ou celui qui “me veut”.

    Merci pour cet article.

    • Sois Belle & Dénonce

      Merci à toi Lola ! 🙂
      Assumer ta beauté et ses effets est le plus beau cadeau que tu puisses te faire 😉

  • Michelle

    Merci beaucoup pour cet article. C’est aussi l’histoire de ma vie et je suis bouleversée par la justesse des propos décrits.

    Alors que la vie nous a fait un cadeau, notre beauté est devenu un fardeau. À nous toutes de reprendre du pouvoir sur notre vie.

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