Beauté fatale

La construction d’une photo de mode

“Quand je préparais ce sujet, j’ai découvert que 53% des jeunes filles de 13 ans aux États-Unis n’aiment pas leur corps, et ce chiffre atteint les 78% quand elles ont 17 ans.”
Cameron Russel, mannequin.

Cet article m’est venu après avoir regardé le TedX de Cameron Russel : “L’apparence ne fait pas tout. Faites-moi confiance, je suis mannequin.” dont voici la vidéo : (Vous pouvez actionner les sous-titres en français !)

Lors de cette conférence, Cameron Russel nous montre les coulisses derrière son métier de mannequin et notamment, la construction des photos de mode. A vrai dire j’ai énormément apprécié qu’elle montre, côte à côte, une photo d’elle de magazine et une photo d’elle naturelle, au même âge. Tout en faisant cela, elle explique que les photos de magazines ne sont pas « elle » mais des constructions, des images construites par un groupe de professionnels :

« coiffeurs, make-up artistes, photographes et stylistes et tous leurs assistants et la pré-production et post-production. »

Je trouve cela très percutant le fait de montrer la photo du magazine VS une photo d’elle naturelle à la même période. Parce qu’on aime à nous faire oublier que la plupart des photos dont on nous inonde, des magazines à Instagram, sont à ce point construites. Qu’il n’y a plus grand-chose de naturel au final.

On peut aussi se rendre compte de l’hypersexualisation du corps féminin (même si elle ne rentre pas dans ce sujet) quand elle explique, pour la première photo qu’elle présente à 5:40 min de la vidéo, qu’elle n’avait même pas ses règles. Cela pose question, de rendre une jeune fille de 14 ans sexy et puissante, alors qu’elle est en pleine construction de son identité, où sa sexualité n’est pas encore éclose et ou on n’a pas forcément hyper confiance en soi… ! On est là, face à une image sublimée, qui n’apporte pas toujours estime de soi, comme elle le dit si bien à 8:10 min:

“Ce que je n’ai jamais dit devant la caméra c’est que je n’ai pas confiance en moi.” 

Et elle est loin d’être la seule : cette avalanche d’images de femmes construites et retouchées plombent l’estime de soi de nombreuses jeunes filles et femmes… (Comme explique cet article qui date de 2014 )
On en arrive à des images surréalistes… Dans un article (en anglais désolée !) une photographe anonyme des Victoria Secret raconte les dessous des retouches photo de cette marque de lingerie, connu pour son célèbre fashion show où à la toute fin, une mannequin chanceuse aura l’immense privilège de marcher le long de la scène portant le “Fantasy Bra”, un soutien-gorge serti de pierres précieuses (le plus cher ayant coûté 15 millions de dollars….)
Elle nous raconte, entre autre, que les mannequins posent avec leur soutien-gorge en-dessous du maillot de bain, celui-ci est ensuite “gommé” lors de la retouche en post-production. Ou même qu’elle leur donne plus de rondeurs, les mannequins étant très fines et donc anguleuses, elle rajoute donc des courbes.

Évidemment, il n’est aucunement question de se tirer les unes sur les autres sur le fait qu’une telle retouche ses photos Instagram, ou qu’une telle use de maquillage “nude” pour paraître plus à son avantage dans une vidéo… Si désormais, avoir recours à Photoshop est devenu monnaie courante, c’est bien parce qu‘on a cruellement perdu l’habitude de voir une femme naturelle. Tous ce qui sort du cadre de la norme est devenu “une imperfection”, “un défaut” : les vergetures, les poils, le grain de la peau, les rides, les cernes, etc.
D’abord, rendez les femmes insécures par rapport à leur corps en les inondant de photos irréelles qu’elles ne peuvent atteindre, puis rendez la beauté “qualité obligatoire pour être acceptée des autres”, et enfin, donnez leur Photoshop… La recette est simple. Qui ne serait pas un minimum tentée ? C’est un vrai cercle vicieux où les femmes finissent toujours par perdre.

Je connais aussi l’argument selon lequel les photos de mode et la pub ont pour but de vendre du rêve, d’où ces femmes inorganiques et retouchées. Je pense, pourtant, que la logique est plus perverse, car elle est avant tout mercantile, et quoi de mieux pour vendre que de créer un manque, un défaut chez la cible pour ensuite, venir lui dévoiler la solution miracle. Réduire l’estime de soi des femmes fait vendre. Le marché de la “beauté” l’a bien compris.
Et si le rêve ce n’était pas de transformer et modifier des femmes afin qu’elles correspondent aux normes malsaines de la beauté d’aujourd’hui, mais plutôt, d’ouvrir le champ des possibles, de rendre aux femmes leur corps, celui dont on les a dépossédées ?

Pour terminer cet article, je tenais à vous présenter des photos de moi retouchées, notamment  un shooting en particulier qui représente bien, selon moi, les photos glamours que l’on peut retrouver dans les magazines. Ce shooting fut, en lui-même, une très belle expérience en soi car j’étais entourée de personnes bienveillantes (le photographe et la maquilleuse).

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Pour re-contextualiser, la séance photo tournait autour du maquillage, afin d’enrichir le compte Instagram de la maquilleuse. Ce qui est bluffant c’est que l’on dirait que je ne suis maquillée qu’au niveau des yeux et légèrement au niveau des lèvres, le reste de mon visage étant totalement lissé par la retouche.

Pourtant, il est bien évidant que je suis très maquillée, avec talent certes, mais très maquillée. Pour l’anecdote, je ne me suis pas démaquillée immédiatement après le shooting et je suis allée dîner chez ma sœur et mon beau-frère juste après, ce dernier avait presque du mal à me reconnaître et il me fit part d’un ” on a dû mal à se dire que c’est toi derrière tout ce maquillage !”

Pour moi, ce qui m’a le plus frappé quand j’ai vu cette photo, c’est que mes grains de beauté avaient disparu. Si on ajoute à cela, le fait que je ne porte jamais de lunette, ni de créoles, ni de bandana en collier…

…Et bien, je me reconnais à peine sur cette photo !


IMG_9013Même shooting. Personnellement, j’aime beaucoup cette photo qui me flatte au plus haut point. Mais là encore, cette photo est tout sauf “naturelle” :

Ce ne sont pas mes vêtements,

ce ne sont pas mes bijoux,

je suis, comme pour la photo précédent, très maquillée, on m’a même mis du lait corporel sur le corps juste avant la photo, pour un effet plus brillant, soyeux.

j’ai les cheveux lissés et coiffés,

je ne suis pas chez moi, mais dans le studio du photographe,

et ma pose est tout sauf naturelle : je devais changer la position de mes bras, de mes jambes et de mon regard, environ toutes les 2 secondes. Pour cela, j’étais “guidée” par la maquilleuse qui m’indiquait où poser mon regard.

Et bien sûr, je suis retouchée.


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Toujours la même journée, juste un peu plus tôt, pour vous donner une idée du rendu d’un maquillage “nude”, amplifié par l’effet noir et blanc.

On ne dirait pas mais je suis entièrement maquillée, du teint jusqu’à mes sourcils, en passant par mes lèvres.

Là encore, certains de mes grains de beauté ont disparu.


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Voici une photo de moi sans retouche. Avec mes grains de beauté et mes pores ! (youpi !)


Conclusion

Au travers de cet article, que ce soit avec la vidéo de Cameron Russel, les témoignages de photographes ou mes propres photos, j’avais vraiment envie d’appuyer sur le fait que la plupart des photos que l’on peut voir dans Vogue ou autre magazine, ou ailleurs sur internet sont profondément fabriquées.

Il est facile aujourd’hui, de paraître “naturelle” alors que tout a été travaillé au préalable. Et même si les mannequins sont choisies parce qu’elles ont “gagné à la loterie génétique” (pour reprendre les mots de Cameron Russel) et pour leur photogénie, il faut garder en mémoire qu’elles sont avant tout humaines, avec des poils, des pores, des vergetures, des os, des seins asymétriques, etc. Ce qui les rend “parfaites” c’est l’armada de professionnels de la mode qui gravitent autour d’elles et les techniques de retouche.

Cela peut paraître évident pour certaines, et tant mieux. J’ai écris cette article pour toutes celles qui complexent après avoir lu et contemplé un magazine féminin.

Ces photos ne sont pas “réelles”, elles sont construites.

“L’herbe est toujours plus verte chez les autres… jusqu’à ce qu’on découvre que c’est du gazon artificiel.”
Jacques Salomé

Lise M.

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