Beauté fatale

Incarner la femme sexuelle en nous

 

“Le sexe est une magnifique expression de l’amour : l’amour d’un autre, l’amour de Soi, l’amour de la vie. Par conséquent tu dois l’aimer ! (Et tu l’aimes, sauf que tu ne peux l’avouer à personne. Tu n’oses pas montrer à quel point tu l’aimes, de crainte de passer pour un pervers. Mais c’est cette idée qui est perverse.)”

Neale Donald walsch

Aujourd’hui j’aimerais vous parler de désir, de jouissance, de sexe. Ou plutôt de la difficulté des femmes à s’assumer comme étant désirables et ayant des désirs. En fait, dans notre société, la femme n’est pas censée avoir de désir propre : elle est passive, soumise et son désir passe à travers le regard masculin. Elle est désirée, mais elle ne désire pas.

   Pourtant, nous les femmes, nous désirons, nous matons parfois les hommes, nous avons des pulsions sexuelles, nous nous masturbons (pour la plupart d’entre nous), et nous sommes multi-orgasmiques. Nous avons des fantasmes et aimons en être l’objet, nous aimons jouir. Mais nous sommes bien d’accord, ce discours n’est pas permis. Toute femme sexuellement affranchie risque gros : son « honneur », sa « réputation », sa « dignité » en prennent un coup. Elle est « sale » ou « pervertie ». Bref, c’est une traînée (et elle mérite le bûcher !).

   Dans cet article, je veux dénoncer cette prison dans laquelle de nombreuses femmes sont enfermées et qui les frustrent de bien des manières. Aujourd’hui, c’est le temps de lâcher ses cheveux, de mettre du rouge à lèvre, de s’habiller sexy, de sortir dans la rue, de regarder droit dans les yeux les hommes qui vous regardent et de vous dire « oui ! J’aime ça ! ». Sortez la femme sexuelle qui est en vous, celle qui est ligotée et bâillonnée depuis trop longtemps.


La peur de passer pour une salope

   Ce qui est assez « drôle » quand on analyse ce sujet, c’est que nos premiers geôliers (si je puis dire) ce sont les femmes elles-mêmes. Les insultes comme « pétasses », « salopes »,  « putes » fusent sur l’impudente afin de la ramener sur le droit chemin dont elle ose s’écarter. Droit chemin que l’on pourrait résumer comme suit : je suis une femme sans désir et j’attends désespérément le prince charmant qui viendra me sauter.

   Déjà que juste « être jolie » c’est compliqué, mais alors, quand, en plus, vous le faites exprès, alors vous êtes LA femme à abattre. Et nous les femmes, on n’est pas comme ces messieurs, on ne va pas se battre dans la rue afin de déterminer qui a la plus grosse, non. Nous, on juge… On juge celle qui est un peu TROP et on en parle derrière son dos… On lui colle une « sale réputation », on essaie de comprendre pourquoi elle ose se comporter comme une femme qui a des désirs propres, et surtout, on met bien en avant à quel point elle a tord et à quel point elle se met en danger.

   En fait, une femme qui assume sa part sexuelle est une ennemie, car elle vient nous montrer à chacune, notre propre résistance à assumer la nôtre. Elle est un virus dans cette société qui renie la saine libido féminine.

   Le pire, c’est que ce discours-prison qui nous empêche de nous reconnecter à notre énergie sexuelle, nous l’avons sagement internalisé : chacune d’entre nous se brime seule, dans son coin. « Je ne vais quand même pas porter cette robe… Je ne vais pas me maquiller autant… Je ne vais pas dire que je me sens belle et sexy aujourd’hui… Je ne vais pas me prendre en photo… Je ne vais pas aller dire à cet homme qu’il m’intéresse… Je ne vais pas plaquer mon compagnon au mur pour lui faire l’amour… Car sinon, que vont penser les autres ??! » Et revoilà les noms d’oiseaux qui fusent !

C’est effroyable le nombre de choses que la femme s’interdit par peur de passer pour cette fameuse « salope », et l’ironie du sort, c’est que dès qu’elle sort dans la rue, qu’elle allume sa télé, qu’elle ouvre un magazine, son corps est étalé tel un bel objet sexuel mis à disposition…


La peur du viol

   C’est une peur commune à toutes les femmes. Chaque femme grandit avec cette peur véhiculée par la société. Eh oui mesdames, n’avons-nous pas entendu « surtout si tu rentres tard, fais-toi raccompagner ! » ou un « Tu sors toute seule à cette heure-ci ?! ». Derrière ces deux phrases, le même avertissement transparaît : « Fais attention ! Tu pourrais rencontrer un homme malsain qui pourrait t’agresser, ou pire, te violer ! » Charmant !

   Du coup, cette peur, chaudement installée dans l’inconscient collectif féminin, nous accompagne dès la nuit tombée, quand nous sommes seules dehors. Les transports en commun deviennent subitement angoissants avec leurs néons blafards, ce groupe de jeunes mecs là-bas semble louche et le bruit de nos talons sur l’asphalte paraît assourdissant, hurlant notre imprudence. Ainsi, vous pensez sortir seule ? Eh bien non, vous sortez aussi avec cette peur qui vous suit le soir et qui se personnifie en un homme grand et costaud, mentalement malsain, pervers et assoiffé de sexe qui se cache patiemment derrière un mur, un buisson, une voiture pour vous sauter dessus.

   Et avouons-le, se faire belle, accepter d’exprimer son érotisme, c’est le risque de le provoquer. Vous savez, cette phrase si culpabilisante que l’on connaît toute, le fameux « Tu l’as bien cherché ». Ah la la ! Phrase magique  qui, à elle seule, vous fait vous couvrir des pieds à la tête sans oublier la ceinture de chasteté. Parce qu’évidemment une femme qui a été violée «  c’est qu’elle l’a un peu cherché quand même ! » (Oh mon dieu…)

   C’est affolant de constater, qu’encore, à l’heure actuelle, la victime d’un viol est vue comme en partie responsable, comme si les pulsions sexuelles incontrôlables des hommes étaient normales et légitimes et que c’était de la responsabilité des femmes d’éviter de les provoquer. De plus, c’est nier que 80% des abus sexuels sont commis par une personne proche de la victime, on est loin de l’homme mentalement malsain qui se cache derrière un buisson.
La honte et la culpabilité viennent du fait que la femme se sent coupable, qu’elle est responsable du viol : bah oui ! Cette jupe met en valeur ses jambes, ce haut moulant met en valeur ses seins, son rouge à lèvre ses lèvres…


Mais rien n’est plus faux.


Dans le viol, ce n’est pas votre érotisme qui attire l’homme, ce n’est pas votre côté sexuel, ce n’est pas parce que vous dansez lascivement.

Le viol c’est de la violence, pas du sexe !


Combien de viols sont commis en soirée, lorsque la fille est inconsciente car trop saoule. Oui, elle est INCONSCIENTE ! Dîtes-moi, pour celles qui sont en couple, à quand remonte la fois où votre compagnon vous a demandé de dormir pendant qu’il vous faisait l’amour ? Jamais ? Peut être parce que ce n’est pas ce qu’il y a de plus sexy…
Arrêtons de penser que c’est parce qu’on est sexy que l’on va augmenter la probabilité d’être violée. Certes, les hommes vont être attirés par vous, mais croyez-moi, une femme qui assume son côté sexuel est une femme affranchie qui incarne une puissance qui fait fuir les hommes malsains et lâches. Un violeur sera attiré par votre peur, votre impuissance, votre faiblesse. Violer c’est AGRESSER l’autre, et votre vagin devient un vecteur pour asseoir l’homme dans sa violence et sa domination, ça n’a RIEN à VOIR avec la sexualité où votre même vagin est vecteur de plaisir et d’amour.


Personnellement, il m’est déjà arrivé qu’un homme vienne me toucher les fesses alors même que je marchais tranquillement dans la rue, je n’ai eu le temps de rien car il s’est empressé de partir en courant dans le sens opposé, (je tiens d‘ailleurs à remercier au passage ma maman qui m’a ramassée à la petite cuillère au téléphone !), et je peux attester du fait que je portais un simple jean et mon gros manteau… J’étais loin de la mini-jupe et du décolleté plongeant !


Un homme qui veut abuser de vous le fera, que vous soyez en petite tenue ou en jogging, il vous fera juste croire que vous êtes TROP (sexy, racoleuse, affriolante…) et donc que c’est vous qui l’aviez cherché. C’est la seule justification débile qu’il va trouver pour se dédouaner de son comportement hautement condamnable.

“Ce n’est pas le vêtement qui fait l’agression. C’est l’agresseur.

Chloé Chenais du blog “Fat Lobster”

La dépendance à l’homme

   Étant donné que la femme ne se voit pas comme un être désirant mais plutôt comme une personne désirable, il lui faut quelqu’un qui la désire. Ce quelqu’un, c’est l’homme. Lui, la société lui a appris à désirer, à conquérir voire à dominer. Dans la rue, ils lèvent la tête et toisent ces mesdames, et dans le bus, ils s’assoient en écartant les jambes. Bref, quelle belle complémentarité ! Madame attend patiemment qu’on la remarque parmi les autres femmes et Monsieur mate et choisit. C’est peut être caricatural, mais tellement ancré dans nos mœurs… Alors, certes, la femme a l’air soumise dans ce rapport, soumise au désir de l’homme, mais qui dit soumission dit frustration, et la femme ne tarde pas à haïr l’homme à qui elle a laissé son pouvoir : le pouvoir de désirer. Nous entrons alors dans un rapport de domination car l’un a besoin de l’autre pour se sentir validé dans ses désirs.


« Est-ce que tu m’aimes ? As-tu envie de moi ? Comment trouves-tu mon corps ? Tu n’aimes que moi n’est-ce pas ? Tu ne pourrais pas vivre sans moi, hein ? »

Derrière ce questionnement sans fin, cette remise en question sans relâche du lien, il y a toute la frustration viscérale de la femme mutilée de ses désirs. On en revient au maladif « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle », à quelque chose près que l’on peut le remplacer par « Homme, mon bel homme, dis-moi qui est la plus belle/aimable/sexy ». Et la réponse se veut mensongère, la femme ne tient guère à savoir la vérité. Tout ce qu’elle souhaite, c’est que sa frustration grandissante s’amenuise un temps, même si elle reviendra plus tard. Nous sommes en pleine dépendance affective. Nous sommes dans un rapport de violence où celui qui affirme ses désirs est vu comme dominant et l’autre, qui en est dépossédé, devient le soumis. Et dans ce genre de relation, les tendances s’inversent : madame piquera de violentes colères ou ira séduire d’autres hommes pour reprendre, un temps, la place du dominant. Et le monde est rempli de couples comme cela…

   Et la sexualité dans tout cela ? Il n’y a qu’à regarder la pornographie avilissante qui afflue sur le web : la soumission de la femme et la domination de l’homme y sont exacerbés. (Il existe, bien sûr, une pornographie alternative ou même féministe qui s’évertue à casser ces codes, mais ce n’est pas encore une généralité).
Cette pornographie vient ainsi entraver la femme qui n’apprend, elle, qu’à jouir au travers d’une soumission réelle au désir de son partenaire. Cela renforce l’idée que la sexualité ne peut se vivre que dans un rapport de violence.


La confusion autour de la sexualité féminine

   Alors voilà, on nous apprend que désirer c’est dominer, et être désiré c’est être soumis. On apprend aux femmes à désirer être désirée, à jouir sous le regard masculin.
Ce qui est donc important de bien comprendre, c’est que la sexualité ne rime pas avec ce fameux rapport dominant/dominé. On est loin des Rihanna et Cie qui présente la femme hyper-sexuelle comme provocatrice et violente.


Et, en tant que femme, se reconnecter à son animalité, sa puissance créatrice, vos envies gargantuesques et profondes, ne fait pas de vous une dominatrice ! Si l’homme en face de vous (ou les hommes en face de vous !) sont souriants et partants, alors lâchez la femme orgiaque qui est en vous. Laissez votre libido, cette énergie sexuelle et créatrice qui vous habite, vous traverser… Vous savez, cette énergie qui vous transcende quand vous êtes passionnées par un sujet que vous adorez, quand vous vibrez vos passions.
En fait, il faut réapprendre à incarner la femme brûlante de désirs en nous, tout en se délestant des images de femme « sale » ou « impure » et de femme « dominatrice » que des millénaires de conditionnements nous ont intoxiqué.

   La sexualité, c’est une œuvre d’art éphémère construite seule ou à deux, elle rime avec créativité. Va-t-on dire à un peintre que peindre c’est utiliser seulement du noir et du rouge ? Non, ce que l’on aime dans la peinture c’est qu’elle fait appel à cette puissante énergie  qui s’empare de nous et nous permet de créer quelque chose d’inédit. C’est la même chose avec la sexualité, soyez inédites !

   Mesdames, refusez que l’on vous vole votre liberté de jouir et à prendre du plaisir. Refusez que l’on brime la femme brûlante de désir qui hurle en vous.

   Une femme reconnectée à son énergie sexuelle est une femme libre, dérangeante du point de vu de la société, mais libre !

Lise M.

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Un commentaire

  • Cha

    J’ai été cette personne, non que je ne le suis plus mais disons que dans le contexte du lycée et qui plus est dans une ville moyenne réac de province… Dur dur ! Entre les “copines” qui fustigeaient celles qui “couchaient le premier soir” dont moi (faut attendre combien d’heures alors pour être respectaaaables et diiignes ?), ceux qui avaient peur des femmes trop entreprenantes et qui voulaient toujours mener la danse ou prenaient tout bonnement la fuite en se moquant… Aujourd’hui je me trouve assez blasée de tout ça. J’aurais sans doute besoin d’autres codes, aussi.

    Par ailleurs je trouve bon nombre d’hommes bien trop centrés sur eux-mêmes et leurs petites jouissances, pas assez fous…

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